Mon enfance dans la violence et l’alcool

L’histoire de ma famille est assez compliquée … Nous sommes 5 dans la fratrie, j’ai une grande sœur et trois grands frères, je suis la plus jeune. Mes parents ont divorcé quand j’avais 4 ans, et je n’ai pas beaucoup de souvenirs. Je me souviens juste d’être dans le lit de ma sœur en train de pleurer. Ma mère est venue me récupérer à la sortie de l’école, juste avant que mon père n’arrive. La Justice avait décidé que j’étais trop jeune pour être séparée de ma mère, mais apparemment être séparée des mes frères et sœurs ce n’était pas grave. Je me souviens juste que j’étais tellement contente de la voir que j’ai pleuré pendant tout le trajet. Je suis arrivée dans une nouvelle famille : un beau-père et 3 demi-sœurs.
Je retournais chez mon père – qui s’est également remarié et a eu une fille par la suite – un week-end sur deux, l’autre week-end ma mère allait chercher mes frères et ma soeur. La bataille psychologique à travers les enfants à commencer, les faux certificats médicaux et tout le toutim. Mais ce n’était pas le pire pour moi.

Mon beau-père était (est toujours, mais il n’a rien a faire dans mon présent) un homme alcoolique et violent verbalement et physiquement. Il a battu ma mère (qui était aussi devenue alcoolique), je me suis pris des coups aussi en m’interposant, ou juste parce qu’il était bourré et qu’il ne savait pas ce qu’il faisait, comme cette fois où il est venu me chercher dans la chambre, j’étais dans le lit superposé du haut, il m’a tirée par le bras pour me faire sortir, je me suis pris le bord du lit à côté dans les côtes, puis toujours en me tenant par le bras il m’a fait descendre et m’a claquée contre la table de la cuisine pour me montrer l’heure, parce que selon lui j’étais en retard pour l’école. Nous étions dans la nuit du mardi au mercredi, je n’avais pas école le lendemain. Par contre le jeudi j’avais piscine, et mon maillot de bain ne cachait rien de mes hématomes … J’étais juste tombée dans les escaliers. Personne n’a jamais posé de questions, pourtant dans mon petit village beaucoup savaient qu’il était alcoolique et violent.
Je me souviens aussi de cette fois où, en plein hiver avec grosse épaisseur de neige, ma mère et moi avons dormi dans une cabane faite de palettes et de bâche parce qu’il nous avait mis dehors, ou parce qu’elle voulait me protéger. C’est assez flou parce que je me suis forgée une carapace et j’ai enfoui très profondément cette partie de ma vie.
Malgré tout, certaines images sont gravées dans ma mémoire, des images de violence très marquée, comme un de mes frères qui « s’acharne » sur mon beau-père qui avait tapé ma mère.

La seule chance que j’avais c’était d’avoir cette amie qui habitait à quelques maisons de la mienne, cette fille qui était venue vers moi alors que j’étais nouvelle dans l’école. Cette famille qui m’a recueillie quand j’en avais besoin, ses parents qui connaissaient ma situation (ils avaient une société de taxi et bien souvent c’est eux qui allaient chercher mes frères chez mon père), cette amie qui comprenait sans poser de questions, qui savait me changer les idées. Je ne sais pas si ils savaient vraiment à quel point ils étaient importants pour moi, mais je leur serai toujours reconnaissante !

Du côté de mon père, il y avait ma belle-mère. Elle faisait tout pour nous pourrir la vie, enfin surtout à mes frères (ma sœur est vite partie et a fait sa vie ailleurs, la meilleure chose qui lui soit arrivée !). Elle mettait sa fille en avant et nous on avait les miettes. Ha, et elle est aussi alcoolique, tout comme mon père même si c’était moins flagrant à cette époque pour lui. Bref, on détestait ma belle-mère et on aimait pas ma demi-sœur même si elle n’y pouvait pas grand chose.

Bref, quand j’ai eu 11 ans j’ai eu le droit de choisir entre rester avec ma mère ou aller vivre avec mon père … La peste ou le choléra. J’ai choisi le choléra, parce que au moins chez mon père il n’y avait pas de violence, juste une grosse connasse ! Et une grosse connasse qui faisait tout pour que mon père mette ses enfants dehors dès qu’ils étaient majeurs pour avoir la maison pour elle et sa fille, bref une question d’héritage. En passant, un de mes frères sont partis habiter chez ma mère, et un autre faisait des allers-retours par période.
Au fil du temps, j’en ai eu assez de ma mère qui défendait l’autre connard, parce qu’il s’était excusé, qu’il lui avait dit qu’il l’aimait. Et je pense aussi qu’elle ne voulait pas se retrouver seule avec les 2 enfants qu’ils avaient eu ensemble. Pendant un week-end chez elle, j’ai sorti tout ce que j’avais sur le coeur et elle m’a dit que je n’avais qu’à partir si je n’étais pas contente … ce que j’ai fait immédiatement, mon père est venu me chercher (et pour lui c’était encore une victoire) et je n’ai plus parlé à ma mère pendant plusieurs années.

C’est au lycée, entourée de gens qui me comprenaient, que j’ai commencé à rire de ce qui se passait dans ma vie, par exemple ma belle-mère et ses pseudos tentatives de suicide aux médocs (qu’on retrouvait par terre, elle était tellement bourrée qu’elle ne se rendait pas compte qu’elle les faisait tomber). Ou cette fois où elle a dit « si je peux pas avoir la maison, eux non plus ! Je vais foutre le feu ! », et mon père est parti se coucher. Sauf qu’elle a vraiment mis le feu à un rideau en synthétique, qui a mis le feu à la couverture qui était sur le fauteuil et que le plafond était en lambris … Donc pompiers, police et tout le toutim à 2h du mat’, et cernes sous les yeux au lycée le lendemain.

Chez ma mère, ce qui devait arriver arriva : un coup de trop sur ma mère, un couteau à portée de main, elle s’est défendue et il s’est retrouvé à l’hôpital avec un couteau dans le ventre. Ma mère a été forcée par la Justice à suivre une cure, elle n’a pas bu une goutte d’alcool depuis plus de 10 ans ! Sobre, elle l’a quittée et c’est à ce moment que j’ai renoué le contact avec elle. J’avais retrouvé ma mère et c’était tellement bon ! Mais un jour il est revenu, et elle a cédé. Depuis ce jour on ne la voit plus souvent, notamment parce que je refuse d’aller chez elle, je ne supporte pas l’idée de le voir. Elle le comprend et ne nous l’impose pas.
Quand je lui ai annoncé ma grossesse je lui ai demandé d’être présente, d’être la mamie de notre enfant, et elle m’a promis qu’elle serait là. Sauf qu’en réalité si on l’a vue 5 fois les 2 premières années c’était beaucoup. Mais elle a eu un déclic je pense, et depuis les 2 ans de Crapaud elle est revenue dans notre vie, elle vient parfois passer le weekend à la maison et j’en profite autant que je peux.

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Ma mère est venue garder Crapaud pendant 2 jours la semaine dernière, dans le fond j’avais peur qu’elle me pose un lapin comme elle avait pu le faire avant, mais non. Elle a promis, elle est venue. Et Crapaud a adoré jouer avec MamieCherry aux Skylanders, lui montrer ses voitures, son bouclier et son épée, lui courir après, lui montrer à quel point il va vite en trottinette … Et dimanche matin, en se réveillant il m’a dit « oh non, mamie a encore oublié son éponge dans la douche ! », et quand j’ai répondu que ce n’était pas grave parce que mamie allait revenir bientôt il a fait un gros sourire. Et là, à cet instant, j’étais juste heureuse que mon fils ait ses 2 mamies ! (pour info, Papi J est décédé avant que je ne rencontre Papa J, et mon père a choisi la bouteille et ses amis plutôt que ses enfants, je ne lui pardonnerai jamais et il ne connaîtra pas son petit-fils, mais de toutes façons il ne cherche pas à avoir des infos donc ce n’est pas une grosse perte).

Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd’hui ? Parce que j’y pense depuis plusieurs mois, parce que j’ai besoin de l’écrire, de faire sortir tout ça. Mais surtout parce qu’hier soir j’ai reçu un sms de ma mère qui dit « moi aussi j’ai passé des journées agréables, pas comme ici. D’après lui je ne suis pas venue, je serais partie avec un mec ». Et depuis que je l’ai lu j’ai une boule dans le ventre … Elle m’assure que ça va aller, qu’il est dans une mauvaise période. Et moi j’ai juste peur pour elle.

Bref, c’est mon histoire et j’ai choisi de ne garder que les bons souvenirs !
(il y a peut être des fautes, les périodes se mélangent peut être aussi, mais j’ai tout sorti et je n’avais pas envie de le relire … pas tout de suite en tout cas).

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3 réflexions au sujet de « Mon enfance dans la violence et l’alcool »

  1. Je suis passée par des tas de sentiments en te lisant. Tu as vécu des moments vraiment durs, et je suis heureuse que tu aies pu trouver un équilibre en fondant ta propre famille. Ma mère, dépressive, s’est longtemps réfugiée dans l’alcool, et même si je n’ai pas vécu autant de moments pourris, c’était déjà très difficile à supporter, alors je n’ose pase imaginer tout ce que tu as dû ressentir…J’ai envie de te dire de penser à toi et ton foyer, si crapaud peut profiter de sa mamie c’est un vrai bonus, mais surtout protège-toi.

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